Au BAL de bon matin

Rencontre avec l’oeuvre de Paul Graham, par le biais d’une exposition à laquelle le Monde a consacré une page dans son édition du 18 septembre. C’était samedi dernier. Le BAL ouvre à 11h, et impatient de voir cette expo, j’ai donc naturellement foncé  dès l’ouverture…au café du BAL, bien agréable, où j’ai médité ce que je m’apprétais à voir en dégustant de subtils scones au beurre et à la confiture…  L’expo est bien faite. On commence par une série ancienne, Beyond Caring (1984), des chômeurs en grand format et en couleurs dans les salles d’attente improvisées d’une Angleterre en crise. Il paraît que les photos firent scandale à l’époque, because couleur et grand format justement. Si l’on peine forcément à ressentir au premier regard cette « révolution esthétique », on peut en percevoir peu à peu la force. Si couleur = vitalité, on est bien face à une métonymie fort dérangente : que font ces T-shirt ou pull roses et orange dans les purgatoires de la vie active ?

Avant de descendre au sous-sol on peut passer par une sorte de cabinet de lecture, c’est à dire un espace où 5 ou 6 tablettes permettent de feuilleter des versions numérisées des précédents catalogues de Paul Graham. Avis aux chineurs, ces catalogues sont rares et mythiques. L’article du Monde insistait d’ailleurs là dessus. A1-the Great North Road, qui ne paye pas spécialement de mine, se négocie sur la toile entre 900 et 4000 euros (quand même)… Il ne s’agit pas de tout voir bien sûr, mais je prends le temps de feuilleter longuement Troubled land qui fera l’objet d’un prochain post, une subtile série de paysages au temps des tensions politiques de l’Irlande du Nord. Une bonne idée  ce cabinet de lecture. On parcourt ainsi à vitesse grand V l’oeuvre du britannique et l’on est prêt ensuite à descendre au sous-sol.

The Present est donc la série exposée à l’étage inférieur. Happante et lumineuse quoique plutôt sombre et calme (vous avez remarqué, on a l’hyperbole facile quand on aime quelque chose ;)), The Present dévoile une succession de dyptiques et de triptyques, accrochés à hauteur d’homme. Des photos prises à quelques secondes d’intervalles, qui ont permis à certains personnages de pénétrer dans le cadre, à d’autres d’en sortir. Dans les dyptiques les plus simples, le procédé permet des figures de styles attendues (la vieille dame se substitue à la jeune fille, le marginal à l’homme d’affaire) mais réussies, celles-ci s’appuyant notamment toujours sur un réseau de figures plus complexes (jeux de couleurs) qu’il n’y parait de prime abord.

Contrairement à ce que j’ai lu un peu partout (y compris dans l’article du Monde) la notion de moment parfait ne me semble pas disparaître totalement. Le moment est plutôt comme étendu, curieusement étiré, comme lors d’une éclipse, quand l’obscurité va durer quelques secondes. L’image est particulièrement vraie pour le très beau dyptique Nassau street pour lequel la sous-exposition sert à merveille le passage paradoxal d’un instant à l’autre.

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