Michel Brault (La lutte, 1961)

Je viens d’entamer le coffret Michel Brault que j’avais acheté il y a quelques années dans une librairie lyonnaise. 5 ans donc avant de me décider à découvrir l’oeuvre du cinéaste canadien. Mais après tout, c’est le principe d’une bibliothèque ou d’une vidéothèque : constituer un fonds sans conditionner l’achat à une consommation immédiate…J’ai commencé par La lutte. Le film dure 28 minutes. Michel Brault n’en est qu’un des auteurs. Le film propose un regard sur le monde du catch au Canada dans les années 60. Il s’ouvre sur un très beau corps à corps des lutteurs à l’entrainement. Un incipit idéal, saturé par l’effort.  Les corps grimaçants sont spectaculaires et la bande-son (grognements et halètement des lutteurs) impressionne. Cinéma direct. On songe à des lutteurs antiques, pliés (au sens propre aussi) à une discipline exigente. L’entraineur donne les consignes dans quatre langues. Simple facétie ? Ou bien la scène dit-elle quelque chose du microcosme professionnel : tels les anciens gladiateurs, les lutteurs ne seraient-ils pas issus des 4 coins de l’Empire ?

Comme dans Les raquetteurs (film sur lequel nous reviendrons dans un prochain post), la structure globale du film est chronologique. Entraînement des lutteurs/préparatif au gala/combats/épilogue. L’intelligence du cinéma direct, c’est bien sûr de nous donner une lecture riche sans pour autant avoir besoin de nous informer par une voix-off, un commentaire, un choeur à l’ancienne. Le film donne en l’occurrence une jolie illustration de l’art ambigu de la lutte, à la fois sport et théâtre. Cette ambivalence s’incarne dans les plans nombreux donnant à voir les spectateurs du forum de Montréal. Diversité de la foule : beaucoup d’hommes, jeunes, beaux, élégants, mais aussi des hébétés, des rieurs, des fumeurs. Des femmes aussi, populaires, bourgeoises. Certains posent un regard distancé sur l’évènement et rient de la farce. D’autres, rivés à l’intensité du combat semblent ignorer la mise en scène et suivent le spectacle comme une tragédie, à tel point qu’on en vient à se demander si certains ne seraient pas eux-mêmes des acteurs, chauffeurs de salles qui aideraient les indécis à adhérer à la fiction…

Le film montre bien la montée en puissance au cours de la soirée. Le combat d’ouverture, avec son manichéisme farcesque : le petit gros mexicain va se prendre une méchante rouste. Et la caméra de le montrer effectivement quelques instants plus tard au sol, édenté. C’est la mise en bouche, celle qui doit permettre à tous les pectateurs de se mettre dans l’ambiance, aux retardataires de trouver leur place. Puis vient l’affiche. Guerre froide : le tamdem franco-italien dont la star est le jeune Michel Carpentier opposé aux affreux de l’Est. 3 actes. Les gentils remportent facilement le premier. Hélas, surprise (;)), les méchants remportent le second et ne semblent pas loin de récidiver dans le troisième. Ouf victoire finale des occidentaux et triomphe du français. Bien sûr le spectacle continue en dehors du ring : dans le vestiaire, les polonais contestent la victoire tandis que Carpentier, le gendre idéal, n’en finit pas de signer des autographes…

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Une réponse à “Michel Brault (La lutte, 1961)

  1. Merci pour ce compte-rendu détaillé et sympa à lire. Comme beaucoup de documentaristes, Michel Brault est trop méconnu. A quand la prochaine critique, puisque la force (le coffret) est avec vous ? 🙂

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